La vie est là : témoignage d’un homme d’Oran
Un récit à la croisée du témoignage personnel et de la réflexion universelle. L’auteur, originaire d’Oran, retrace les années lumineuses de sa jeunesse, celles des années 60 et 70, empreintes de liberté et d’insouciance. Entre souvenirs, méditations sur la vie et constat inquiet du présent, il livre une confession sincère : ses joies, ses blessures, ses leçons apprises. Ce texte interroge la place de la foi, la montée du matérialisme, l’hypocrisie sociale et les dérives d’un dogmatisme croissant. Mais au-delà des regrets, il porte un message fort : la vie est précieuse et doit être vécue pleinement, ici et maintenant.
Les années 60 et 70, celles de ma jeunesse,
étaient marquées par l’envie de croquer la vie à pleines dents, sans
s’encombrer de dogmes oppressants ni de carcans rigides. Nous vivions au rythme
de nos désirs, bercés par l’optimisme d’une époque où l’avenir semblait ouvert,
multiple et non dicté par une seule et unique voie.
L'authenticité est une pureté extrême de l'âme humaine, une
force de caractère qui n'est pas donnée à tout le monde. Quand on est réel et
authentique, on craint rien, on n’a pas besoin de cacher quoi que ce soit ou de
se déguiser, on n’a que de belles choses à montrer et à offrir. Ces êtres
naturels fleurissent dans les milieux qui leur appartiennent, puisqu'ils y
trouvent un monde opportun, un univers dans lequel ils peuvent apercevoir leurs
semblables, où la vie avait une saveur différente, un goût de liberté
insouciante, de plaisirs simples, de camaraderie sincère.
C'était cela, vivre tout simplement !
Le meilleur est en train d’arriver, qu’elle soit un
témoignage : j’ai aimé la vie, ses joies, ses excès, ses éclats de rire et ses
amitiés sincères.
On me disait toujours : « ne t'efforce pas trop, car les
plus belles choses de la vie arrivent quand on s'y attend le moins. Ne les
cherche pas, elles te chercheront. »
La vie est belle avec son va-et-vient, avec ses saveurs et
ses amertumes…
J'ai appris à vivre et à savourer chaque détail, j'ai appris
des erreurs, mais je ne vis pas en les ressassant, elles deviennent trop
souvent des souvenirs amers qui empêchent d’avancer. Certaines erreurs sont
irréparables..
Les blessures profondes ne quittent jamais tout à fait le
cœur, mais il existe parfois quelqu’un — et l’aide de Dieu — pour les apaiser.
Marche main dans la main avec Dieu, les choses
s’apaisent souvent ainsi.
À force de perdre, j’ai appris à gagner ; à force de pleurer,
un sourire s’est dessiné sur mon visage.. Je connais si bien le sol que je n’ai
plus qu’un regard pour le ciel. J’ai touché le fond tant de fois que, chaque
fois que je tombe, je sais que je remonterai demain..
L’être humain ne cesse de m’étonner ; j’ai fini par apprendre
à être moi-même..
Il m’a fallu sentir la solitude pour apprendre à être avec
moi-même et découvrir que je suis une bonne compagnie.
J’ai tant voulu aider que j’ai appris à
attendre qu’on me le demande.
J’ai toujours voulu la perfection ; j’ai fini
par comprendre que tout est, en réalité, à sa mesure d’imperfection — moi y
compris.
Je fais ce que je dois, du mieux que je peux ;
que les autres fassent ce qu’ils veulent..
J’ai vu tant de chiens courir sans but que j’ai choisi d’être
tortue, pour mieux apprécier le chemin..
J’ai appris qu’en cette vie rien n’est certain — seule la
mort l’est. C’est pourquoi je profite de l’instant et de ce que j’ai
J’ai appris que personne ne m’appartient : ceux
qui sont avec moi le restent tant qu’ils le veulent et tant qu’ils doivent
l’être. Celui qui m’aime vraiment me le prouvera sans cesse, quoi qu’il en
coûte.
La véritable amitié existe, mais elle est
difficile à trouver.
Celui qui t’aime te le
prouvera sans que tu aies à le lui demander
La fidélité n’est pas une obligation : elle devient plaisir
lorsque l’amour gouverne ton cœur.
C’est cela, vivre : la vie est belle dans son
va-et-vient, avec ses saveurs et ses amertumes…
Les blessures profondes ne disparaissent jamais
complètement ; pourtant, il existe des cœurs et l’aide de Dieu pour les
apaiser.
Et ne t’efforce pas trop
: les plus belles choses arrivent quand on s’y attend le moins. Ne les cherche
pas ; elles te trouveront.
Le meilleur est en train d’arriver : que ce
texte en soit le témoignage. J’ai aimé la vie — ses joies, ses excès, ses rires
et ses amitiés sincères.
Aujourd’hui, je regarde le monde avec tristesse
et incompréhension. La jeunesse, autrefois fougueuse et libre, semble enfermée
dans une prison invisible faite d’interdits et d’obligations — non dictés par
la loi, mais par un diktat moral inflexible. La religion, jadis affaire intime,
devient parfois étendard — une armure, un dogme où l’individu s’efface au
profit d’un devoir imposé.
. Je pensais, peut-être naïvement, que les
femmes y étaient contraintes ; je vois maintenant qu’elles y adhèrent parfois,
par choix ou par résignation. Ce qui me frappe, c’est cette acceptation —
volontaire ou non — d’un enfermement au nom d’un au-delà incertain, au détriment
de la vie présente.
J’ai vécu assez longtemps pour voir le bal des
hypocrisies se rejouer sans fin :
« Fais ce que je dis, pas ce que je fais » :
telle est la règle de ceux qui prêchent la vertu tout en s’accordant, en
secret, les plaisirs qu’ils condamnent. Ils sacrifient leur présent à un futur
hypothétique et refusent de savourer la beauté de l’instant.
Mais alors, à quoi bon naître si c’est pour
s’interdire de vivre ?
Peut-être suis-je un vieil homme nostalgique,
attaché à un passé révolu. Peut-être aussi que chaque génération regarde la
suivante avec inquiétude, redoutant un monde qui lui échappe.
Je suis auteur algérien (wahrani), né musulman ; je n’en fais
pas un fonds de commerce revanchard, loin de la rhétorique des croisades.
Je ne suis ni imam ni militant, encore moins
prosélyte d’une organisation quelconque. Je revendique simplement mes origines
: né dans une famille algérienne musulmane de tradition bédouine, sans
influences idéologiques extérieures, où l’on ne m’a jamais appris à haïr
l’homme de religion — qu’il soit juif, chrétien, sabéen, hindouiste, bouddhiste
ou autre.
Je n’ai jamais, même par simple curiosité, consulté de pages
relevant de sites qualifiés d’islamistes.
En revanche, j’ai lu de nombreux ouvrages sur
les religions, écrits par des historiens, philosophes et savants de renom,
principalement en langue française. De ces lectures, une certitude : la vie est
précieuse et mérite d’être vécue pleinement, ici et maintenant — et non réduite
à un simple passage en attendant un hypothétique ailleurs..
Pour combattre parfois la solitude et les accès de tristesse,
je m’obligeais à sortir errer dans les rues de ma ville. . Arrivé dans la rue
jadis appelée Marceau, perpendiculaire à la gare, je ralentis le pas, emporté
par un flot de souvenirs. Soudain, de fortes clameurs brisèrent le silence, me
tirant de ma rêverie. Une bande de garçons en était la cause : ils couraient,
riaient aux éclats, insouciants et pleins de vie.. Ils jouaient au foot avec
une énergie débordante, se disputant le ballon avec l’ardeur de véritables
champions.
Parmi eux, un garçon attira mon attention. Vêtue de petits
habits usés et déchirés, il s'acharnait à marquer un but, comme pour défier ses
amis qui, chaque fois qu'il touchait le ballon, l'en empêchaient
impitoyablement, brisant son élan avant qu'il n'ait pu atteindre son objectif.
Pendant ce temps, dans l'équipe adverse, un garçon richement
vêtu était applaudi à tout rompre, bien qu'il jouât mal.
Les huées à l'encontre du garçon démuni m'attristèrent
profondément. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Quelle époque.
Le mal du matérialisme s'est sournoisement
infiltré dans l'esprit de nos enfants. Désormais, tout se jauge à l'aune de
l'escarcelle. La valeur d’un être ne repose plus sur son mérite, mais sur son
apparence et ses possessions.
Les conséquences de cette lâcheté collective gangrènent déjà
nos rapports sociaux, façonnant un monde où l’injustice n’indigne plus, où
l’inégalité s’érige en norme.
"Le vertueux démuni est méprisé, tandis que le riche
ignorant est célébré en modèle."
Profondément affligé, je repris ma marche, le cœur lourd. Une
odeur de pois chiches grillés flottait dans l’air, me ramenant à la réalité. Je
me dirigeai alors vers mon ami Houari pour me payer un sandwich de karentika...
Peut-être en guise de maigre consolation pour ce garçon dont l’innocence
s’étiolait sous le poids des regards méprisants.
Moi qui approche de la fin de mon chemin, Je ne me fais pas d’illusions : mes jours sont
comptés, et cela ne me fait pas peur. Ce qui m’inquiète, ce sont mes
petits-enfants. Grandiront-ils dans un monde encore capable de tolérance, de
curiosité, de liberté ? Pourront-ils rire aux éclats, aimé sans crainte, rêver
sans juges ?
Ou devront-ils plier sous le poids d’une morale
uniforme qui ne laisse aucune place à l’épanouissement individuel ?
J’aimerais qu’ils puissent dire, eux aussi, que la vie valait
d’être vécue. Qu’ils puissent aimer sans honte, marcher sans chaînes, choisir
sans peur. J’aimerais leur léguer non pas des regrets, mais un témoignage : La
vie est belle, fragile et précieuse. Ne l’attendez pas ailleurs : elle est ici,
maintenant.
Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les
choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
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